Le Vent se lève

Ce texte fut prononcé comme discours de clôture lors de la grève du 27 septembre 2019 par Inès Marthaler et écrit par Maxence Kolly

Le vent se lève

Se lève la jeunesse qui souffle sur la Suisse endormie pendant que la terre se meurt.

Beaucoup ont dit que nous ne serions qu’un murmure de l’histoire, une brise se prenant pour l’orage, que notre beau mouvement serait balayé comme le blé par le blizzard.

Et pourtant, regardez

Regardez ces mobilisations clamant plus fort que le tonnerre, qui se sont propagé partout en Suisse et à l’internationale
Regardez les journaux qui pointent comme des girouettes là où souffle l’avenir ;
Regardez ces politiques qui sentent le fond de l’air changer, déclarer l’urgence climatique ;
Regardez dans le monde ces vagues écologistes qui traversent villes et frontières.
Regardez-nous cesser de murmurer et venus clamer comme la tempête.

Nous avons réussi à enlever du ciel toutes les dépressions et c’est l’espoir qui vient en rafale.

Le sablier se vide, les aiguilles sont proches de minuit, le futur commence à s’écrire au passé sans qu’aucune mesure ne vienne remettre les pendules à l’heure. 
Ne soyons pas dupes, car ils font de beaux discours, ils nous disent la larme à l’oeil qu’ils se préoccupent du climat, mais quand on demande du concret ils disent qu’ils agiront,
Demain. 

Demain c’est loin, notre avenir c’est la seconde d’après alors fini d’attendre pendant des jours, des semaines, ou des mois. Pas le temps pour les regrets, c’est l’heure de l’action face à l’extraction. 
Ils ont voulu nous rendre ivres en espérant voir pourrir les raisons de notre colère, mais ils n’ont fait que presser le vin de la rébellion. 
On a ajouté à nos rêves le terme « évolution », pour que brûle dans nos coeurs l’indignation.
Nous sommes l’étincelle qui met le feu aux poudres, nous sommes les porteurs de flambeau de l’humanité, nous sommes le brasier de la vie contre l’extinction.

Nous sommes plus chauds que les incendies d’Amazonie,
Nous sommes plus chauds que le climat.

Nous sommes le vent qui se lève

Nous sommes le vent qui se lève demain à Berne

Nous sommes le vent qui se lève le 15 mai partout en Suisse

Nous sommes le vent qui se lève et nous amenons l’insurrection qui vient.

Toutes et tous en grève le 27 septembre !

Disclaimer : Les prises de positions de cet article n’engagent que son auteur et pas l’ensemble du mouvement des grèves du climat. Cette plateforme se veut être un échange et un moyen d’expression pour différentes mouvances à l’intérieur même de la GDC.

10 raisons de faire à nouveau grève pour le climat

1) Car la situation n’a jamais été aussi catastrophique

Le réchauffement climatique atteindra trois degrés si les pays respectent les engagements pris à Paris en 2015, et nous ne sommes même pas sur la bonne voie. Pour protéger la vie humaine, animale et végétale il faut absolument limiter le réchauffement à 1,5 degrés. 20’000 espèces animales et végétales disparaissent déjà chaque jour à cause de la déforestation, de la destruction des écosystèmes ou de la surpêche !

2) Car les solutions individuelles ne sont pas suffisantes.

Les petits gestes ne seront jamais suffisants. Certes, nous devons toutes et tous faire un effort pour le climat, mais ce qu’il faut surtout c’est des décisions politiques : rénovations thermiques des bâtiments, transition énergétique, taxes sur le C02 émis par les plus gros pollueurs, gratuité des transports publics, protection des espaces naturels et politique de décroissance solidaire. Cela est non seulement possible, mais nécessaire et urgent.

3) Car le gouvernement reste inactif face à cette crise

Le Conseil National a refusé en décembre la loi sur le CO2. Cela signifie que la Suisse ne respectera même pas l’accord de Paris sur le climat. La droite du parlement préfère acheter des quotas d’émissions à l’étranger plutôt qu’agir pour le climat. Entre temps, nos multinationales continuent à détruire l’environnement et nos banques financent massivement les énergies fossiles, pétrole et charbon en tête. Les politiciennes et politiciens ne changeront pas tout seul. A nous de lutter pour notre avenir et de les pousser à prendre les bonnes décisions !

4) Car les sanctions, on s’en fout

La seule chose qui nous fait peur est l’avenir qui nous est réservé. Les absences injustifiées, dont le qualificatif absurde est trahi par l’urgence de la situation, ou les notes 1 qui pourraient être distribués ne nous arrêterons pas. Sanctionner des grévistes ayant une évaluation un jour de mobilisation est une utilisation politique d’un instrument pédagogique. En ce qui concerne les absences injustifiées, elles n’ont pas de conséquences réelles sur notre futur.

5) Car la grève attire l’attention politique et médiatique.

Depuis les premières grèves de janvier, les médias parlent beaucoup plus des faits scientifiques sur le climat, des solutions réalistes et des mouvements luttant pour le climat. Cela contribue à sensibiliser l’opinion publique et met la pression sur les pouvoirs politiques. Plusieurs villes comme Lausanne ou cantons comme Neuchâtel ont acceptés des plans climat pour atteindre la neutralité carbone en 2030. Tout cela est en grande partie dû aux grèves pour le climat !

6) Car on crée un espace démocratique

Les assemblées du mouvement, les prises de parole libres lors des manifestations ou les formations qui seront données le 27 septembre sont des espaces de discussions et de débats populaires. Tout un chacun peut exprimer ses solutions pour le climat, débattre de justice climatique et sociale ou des modes d’actions à privilégier. Du mouvement sont d’ailleurs parties de nombreuses initiatives comme des pétitions ou des projets concrets pour réduire notre emprunte climatique.

7) Car l’école doit devenir plus durable

Nous voulons une école qui donne l’exemple sur les questions climatiques et dont l’enseignement permette de relever les défis environnementaux. Cela passe par des voyages d’études en transports publics, plus d’alternatives végétarienne dans les cantines et une révision des programmes scolaires. Mettons le climat au centre dès l’école primaire, évoquons les solutions politiques efficaces et les moyens de faire les appliquer.

8) Car le contrat social est rompu

Le contrat social voulant que les étudiantes et étudiants travaillent dur et respectent les différentes consignes en échange d’un futur désirable est rompu. Se dressent devant nous canicules, inondations, pénuries alimentaires et nature détruite. A ce rythme-là, la plupart des pollinisateurs et des terres arables pourraient disparaitre dans les prochaines décennies, ce qui met en danger l’approvisionnement alimentaire de la Suisse. Nous nous révoltons contre le système qui est la cause de ces désastres et nous ne voulons plus y participer. Si nous n’avons pas d’avenir, alors nos efforts scolaires deviennent inutiles.

9) Car les grèves doivent se généraliser

Les grèves scolaires sont la première étape vers des grèves plus larges. Nous collaborons avec les syndicats et d’autres associations pour lancer une grève nationale le 15 mai 2020 afin d’aller vers une grève générale. La grève permet de bloquer la production de manière non-violente et sans arrestation. Une fois la production bloquée, il est possible de faire passer toutes nos revendications et de nous garantir un futur.

10) Car les mouvements sociaux peuvent changer les choses

La combinaison de manifestations, de grèves et de désobéissance civile à permit plusieurs avancées sociales majeures comme l’indépendance de l’Inde, l’obtention de droits civiques pour les afro-américains, la journée de 8 heures ou des augmentations de salaires record après mai 68. Une lutte déterminée pour le climat est la seule manière de protéger la vie sur terre. Nous voulons un monde socialement juste, libre, durable et respectueux de l’environnement. Pour cela il faudra lutter ensemble pour notre futur !

Les Grèves pour le climat sont-elles efficaces ?

Disclaimer : Les prises de positions de cet article n’engagent que son auteur et pas l’ensemble du mouvement des grèves du climat. Cette plateforme se veut être un échange et un moyen d’expression pour différentes mouvances à l’intérieur même de la GDC.

Réponse aux critiques visant le mode d’action choisi par le mouvement de grève pour le climat, que ce soit dans le cas spécifique des grèves scolaires ou dans le cas général de toute interruption volontaire du travail à des fins économiques ou politiques.

Introduction

Depuis les débuts du mouvement, quand les premières grèves alémaniques de décembre s’annonçaient ou quand les premiers appels à la mobilisation pour le vendredi 18 janvier résonnaient dans toute la Suisse, les étudiants et étudiantes furent confrontés à de multiples critiques sur le mode d’action choisi, à savoir la grève. Si une partie des reproches ont servies de prétexte pour critiquer un mouvement dérangeant car revendicatif et déterminé, certaines critiques émergèrent également de citoyennes et citoyens sensibles à la cause environnementale, mais peu convaincues et convaincus du bien fondé d’une telle action. Les critiques, parfois constructives, souvent infondées, allèrent d’une remise en cause de la nécessité d’une action collective pour la protection de l’environnement à l’inutilité d’une grève scolaire en passant par la mise en avant de l’écologie individuelle, l’absence de légitimité des grévistes étant eux-mêmes consommateurs, la peur des potentielles sanctions ou encore la défense de l’école immaculée contre un problème qu’elle ne causerait pas et contre lequel elle ne peut proposer de solution.

Une action collective pour la protection de l’environnement

La crise environnementale actuelle se constate principalement au niveau climatique, au niveau de la biodiversité et au niveau de l’épuisement des ressources naturelles. Le réchauffement constaté depuis la période préindustrielle est d’environ 1 degré sur l’ensemble de la planète tout en étant plus marqué sur certaines régions. Selon le GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, un réchauffement de 1,5 degré aboutirait à de graves conséquences et le seuil de 2 degrés constituerait un point de non-retour avec des conséquences très importantes sur l’humanité ainsi que sur les espèces animales et végétales. On peut notamment s’attendre à une démultiplication des risques d’inondations, de sécheresses et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes. En parallèle, plus de 20’000 espèces disparaissent chaque jour à cause du réchauffement climatique, de la destruction des écosystèmes, de la pollution des sols et de l’air, de la surpêche et de la déforestation. Malgré un tel constat, les réactions politiques ne sont pas à la hauteur et l’accord de Paris, permettant de limiter le réchauffement climatique à 3 degrés environ selon les engagements actuels des différents pays, n’est même pas respecté. En Suisse, le parlement a rejeté la loi sur le CO2 après l’avoir vidée de sa substance et le gouvernement semble n’avoir pas pris conscience des enjeux. Pour maintenir la vie humaine ainsi que la vie des autres espèces animales et végétales, une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre ainsi qu’une protection de notre biodiversité doivent être les priorités politiques absolues. Ces changements sont à la fois nécessaires et urgent et ne pourront être obtenus que par une action collective et massive pour la protection de l’environnement.

L’écologie individuelle comme substitut à l’action collective

Les changements que nous pouvons toutes et tous mettre en œuvre dans notre vie constituent un moyen efficace de réduire notre empreinte carbone. Si certains petits gestes ont un impact relativement marginal, d’autres permettent réellement d’être plus respectueux de l’environnement ; comme par exemple opter pour une alimentation locale et majoritairement végétarienne, utiliser la mobilité douce ou les transports publics, renoncer à prendre l’avion ou acheter des vêtements de seconde main. Si tous ces efforts sont nécessaires, ils ne seront malheureusement pas suffisants. Renvoyer l’entière responsabilité de la transition aux individus ne peut être considéré comme une approche conséquente car les changements à mettre en œuvre sont souvent coûteux, par exemple la rénovation thermique des bâtiments ou le choix d’un chauffage écologique ou incombent à l’Etat et aux entreprises dans le cas du développement des transports en communs, des énergies renouvelables et de la protection des espaces naturels. Cela revient à adhérer à une vision angélique, une part de la population n’ayant pas les moyens financiers nécessaires pour effectuer certains changements coûteux ou n’ayant pas la volonté de changer rapidement et radicalement de mode de vie. Cela nous amène surtout à nous tromper de cible, les multinationales étant bien plus responsable de la situation actuelle que les citoyennes et citoyens.

Qui n’est pas parfait ne doit pas manifester

Nouveau dicton, parfois défendable quand il s’applique à soi-même et qu’on ne se considère comme pas assez engagé pour aller manifester, parfois arrogant quand les manifestantes et manifestants sont décrédibilisés car ils et elles ont eu le malheur d’être nés dans une société de consommation. Cette énoncée révèle tout d’abord une incompréhension des demandes du mouvement, demandes politiques, à entendre dans son sens noble, ce qui relève des affaires de la cité, et non individuelles. Le mouvement n’est pas là pour dénoncer des comportements individuels mais pour transformer les règles communes et le fonctionnement de la société pour qu’elle puisse respecter notre environnement. Cela illustre une vision bien triste de notre démocratie où seuls les citoyennes et citoyens exemplaires auraient le droit de donner leur avis sur les questions politiques, allant jusqu’à nier la légitimité des actions politiques ou de la parole de toute personne non-parfaite. Cette analyse oublie de prendre en compte toutes les conditions extérieures amenant un individu à adopter un comportement plutôt qu’un autre, par exemple le prix des marchandises, l’influence des parents et des proches, les valeurs ambiantes, le matraquage publicitaire, la pression sociale…
C’est également oublier qu’il n’existe pas d’individus vertueux. En effet, l’homme est ontologiquement faible et moralement ambigu. Il ne peut se lever seul et faire face à toutes les structures qui le détermine, usant de sa liberté toute puissante pour le plus grand bien. Non, les individus ne sont pas vertueux. Mais les sociétés, elles, peuvent l’être, rendant ainsi à l’homme la dignité dont il a tant besoin à une échelle supérieure. Ces dernières sont avant tout définies par les règles qui les régissent. Ces règles, structures structurées, agissent en tant que structures structurantes sur le comportement des individus. Autrement dit, les règles et les habitudes façonnent la vie publique et privée bien plus que les individus eux-mêmes. Pour changer une société, ce sont les règles et les normes qui doivent être changées.
Les individus seuls ne peuvent donc jamais être véritablement tenus pour responsables de la catastrophe.

La peur des sanctions

Dans un pays comme la Suisse où la grève étudiante n’est que très rarement utilisée, la peur d’être confronté à de lourdes sanctions fut un sujet d’inquiétude pour de nombreux et nombreuses grévistes. Les sanctions, souvent marginales, restent néanmoins illégitimes. La plus classique d’entre elles, l’absence injustifiée, trahit profondément son qualificatif. L’importance de la cause défendue et l’urgence d’agir ne justifient-elles pas une action collective ? Si cette marque dans le bulletin peut être relativisée pour une collégienne ou un collégien, elle est plus problématique pour une partie des élèves des cycles d’orientation. Des menaces farfelues affirmant qu’une absence injustifiée pourrait empêcher d’obtenir une place d’apprentissage ont été proférées par des professeurs peu soucieux de la réalité et, plus grave dans le cadre du service public, du bien commun. Cela traduit aussi des liens troubles entre le patronat et l’école matérialisés par le bulletin de note : le patronat menace les élèves de chômage pour maintenir la discipline à l’école, l’école transmet des informations au patronat pour qu’il puisse embaucher les meilleurs et laisser aux autres les travaux précaires, la marginalisation et le rejet. En parallèle de cela, de nombreuses notes « 1 » ont été attribuées à des élèves ayant un examen un jour de grève. L’intérêt d’une évaluation est, comme une analyse minutieuse du terme nous l’indique, d’évaluer des compétences chez un ou une élève. Utiliser une évaluation pour punir des grévistes revient à remplacer leurs buts pédagogiques par des buts politiques. Si toutes ces sanctions sont regrettables et illégitimes, l’ampleur des enjeux environnementaux ne peut que nous pousser à continuer la lutte malgré les quelques absences injustifiées que nous pourrions récolter.

S’en prendre à l’école est se tromper de cible

Tout d’abord, il faut souligner que les grèves pour le climat ne visent pas prioritairement l’école dont l’empreinte écologique peut sembler marginale. Nous nous mobilisons contre l’inaction des politiques, contre l’impact écologique de grandes entreprises voi8r contre le système capitaliste. Tout cela ne nous empêche pas de nous interroger sur l’empreinte écologique des établissements scolaires, l’enseignements des questions environnementales ou l’idéologie transmise par l’instruction publique. Les différentes écoles font de plus en plus d’efforts pour permettre le tri sélectif, proposer des alternatives végétariennes ou mettre sur pied des projets locaux contribuant à la protection de l’environnement. Ces efforts doivent être renforcés en remplaçant les voyages scolaires en avion par des voyages en train, en généralisant les journées sans viande dans les cantines et en modifiant l’enseignement de l’économie familiale pour prendre en compte l’impact écologique de l’élevage, de la surpêche et des pesticides en proposant des repas écoresponsables. Au niveau de l’enseignement, nous pouvons saluer le fait que la question climatique soit traitée comme un sujet central par de nombreux enseignants et enseignantes tout en déplorant son commencement tardif, son absence criante dans les écoles professionnelles, sa mise en avant des actions individuelles qu’elles soient efficace ou non, son manque de lien entre économie et écologie et l’absence d’analyses critiques des différents mouvements écologistes et sociaux dans le but de s’intéresser à la manière d’appliquer les belles solutions écrites sur la feuille qu’on jettera après l’évaluation. Plus inquiétant encore, l’école a adopté une bonne partie des codes et valeurs du système néolibéral. Alors que l’épuisement des ressources devrait nous pousser vers la décroissance et une gestion commune de l’environnement, la croissance économique reste l’objectif vers lequel tendent les sciences économiques et toutes les valeurs de l’école, travail, mérite, employabilité, adaptabilité, ordre et discipline ne font que renforcer notre acceptation et notre soumission au capital. Si nous voulons un monde durable, nous aurons besoin d’une école indépendante formant des citoyennes et citoyens dotés d’esprit critique et pas uniquement des travailleurs et travailleuses compétents, mais dociles.

Les résultats concrets des grèves pour le climat

Cela faisait des années qu’un mouvement de jeunes ne s’était pas immiscé et avait exercé une telle influence dans le champ médiatique et dans la vie politique. Si les résultats obtenus jusqu’à maintenant ne sont de loin pas suffisants, plusieurs avancées significatives peuvent être relevées. Les idées écologiques radicales voulant résoudre la crise environnementale et pas seulement faire quelques gestes symboliques sont passées en quelques mois de marginales à communes, tout du moins pour une part grandissante de la population. En parallèle, de nombreux comportement individuel changent pour devenir plus respectueux de l’environnement. Beaucoup de médias ont enfin mis au centre les questions écologiques, que ce soit les faits scientifiques, les solutions ou les actions des différents groupes luttant pour le climat. En cette période électorale, plusieurs partis ont verdi leurs discours, phénomène parfois accompagné de changements programmatiques ; et plusieurs victoires politiques ont été obtenues au niveau communal et cantonal. Sur le plan fédéral, la loi sur le CO2 permettant à la Suisse de respecter l’accord de Paris sur le climat qui avait été rejetée par le conseil national en décembre 2018 possède de bonnes chances d’être acceptée par le conseil des Etats dans une version proche de celle proposée par le Conseil Fédéral avant que le Conseil National ne limite drastiquement les objectifs et les mesures de la loi. Si cela constitue une avancée réjouissante, ce projet de loi restera insuffisant et ne permettra pas à la Suisse de lutter efficacement et suffisamment rapidement contre le réchauffement climatique. L’élément le plus positif amené par le mouvement est d’avoir politisé une part importante de la jeunesse et d’avoir structuré la révolte au sein d’un mouvement organisé, décentralisé et démocratique. Ce mouvement peut donc être un acteur décisif aux côtés d’Extinction Rebellion, des collectifs de grèves des femmes*, des différentes associations écologistes ou des syndicats de la lutte écologique future passant par la désobéissance civile ou la multiplication des grèves massives.

L’impossible capitalisme vert

Les grèves étudiantes et scolaires continuent à œuvrer à la sensibilisation de la population, à la politisation de la jeunesse et aux changements de normes. Cela ne peut néanmoins pas constituer une fin en soi. En restant sur des modes d’actions similaires et en pensant obtenir des avancées majeures de la part des institutions politiques, nos victoires risquent de rester marginales. De ce mouvement doit émerger un discours contestataire et éco-socialiste s’intéressant à la question du pouvoir, c’est-à-dire à qui dirige l’économie et la société. Pour une bonne partie du monde politique, la solution réside au sein du système capitaliste qui pourrait se rénover ou être rénové afin de pouvoir respecter l’environnement. L’idée d’un capitalisme vert apparait comme un oxymore pour de nombreux et nombreuses écologistes à cause de la nature même de ce système économique.
Une définition simple du capitalisme est un système économique dans lequel les actionnaires ou capitalistes possèdent les moyens de production. Ils augmentent leurs fortunes ou capital en effectuant des gains en capitaux ou en s’accaparant les profits de l’entreprise. Les gains en capitaux, le fait qu’une action prenne de la valeur, ne sont possible que si l’entreprise augmente son chiffre d’affaire et ses capacités de production. En des termes simples, un ou une actionnaire possède toujours la même part d’une entreprise mais comme l’entreprise est plus importante, la part a plus de valeur. Les marchés financiers ont besoin d’une croissance sans fin pour que la valeur des actions continue à monter.
Cette croissance illimitée est, par nature, incompatible avec les ressources limitées de nos écosystèmes. La course aux profit et la concurrence poussent les entreprises à réduire leurs coûts de production en baissant les salaires, en augmentant le temps de travail ou en ne respectant pas les normes environnementales. Les entreprises les moins regardantes de leur impact écologique possèdent malheureusement un avantage concurrentiel important. Le dumping environnemental est un phénomène similaire au dumping social. Même la transition énergétique pose d’innombrables problèmes au sein d’un système capitaliste à cause des budgets limités de l’Etat par la concurrence fiscale ou le fait que plus la production d’énergie renouvelables est importante plus les prix ont tendance à baisser à cause de la loi de l’offre et de la demande. Ce phénomène est encore plus marqué si la production d’énergie fossiles se maintient ce qui bien vite fera que le secteur des énergies renouvelable deviendra non-rentable. Globalement nous nous retrouvons en face d’un système ou rien n’y personne n’a de contrôle global, même sur le plan local, de la production. Seule une planification démocratique et décentralisée de l’économie peut nous permettre de produire des biens et services tout en respectant les limites intrinsèques de nos écosystèmes. Lutter pour un changement de système ne signifie pas pour autant qu’il ne soit pas urgent de réclamer des mesures allant dans le sens d’un capitalisme plus vert. Il faut par contre reconnaitre que les mesures efficaces, investissements étatique massifs, baisse du temps de travail comme moyen d’aller vers la décroissance tout en créant de l’emplois et en améliorant la qualité de vie ou taxe carbone visant les gros pollueurs se fera aux détriments des taux de profits. Les intérêts des citoyennes et citoyens sont opposés aux intérêts des détenteurs et détentrices du capital. Seule la lutte permettra d’imposer nos revendications.

Vers l’écosocialisme


L’Etat et les capitalistes ne prendront jamais d’eux-mêmes les mesures nécessaires pour résoudre les problèmes climatiques et environnementaux. L’enjeux n’étant pas d’obtenir une ou deux réformes symboliques que de changer les structures de décisions pour les rendre participatives, démocratiques et locales afin de rendre la maîtrise de l’économie aux citoyennes et citoyens. L’exemples de mai 68 ou le mouvement étudiant a enchainé manifestations, occupations et grèves avant d’enflammer le pays où dix millions de travailleurs et travailleuses se sont mis en grève pour de meilleures conditions de travail, contre la société de consommation et contre le capitalisme peut constituer un exemple. Si le mouvement n’a pas réussi à renverser le pouvoir en place, il possédait un réel potentiel révolutionnaire qui aurait pu changer l’histoire. Devant toutes les crises qui se présentent, crises climatiques, destruction de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles et bientôt crises financières voir conflits armés pour la maitrise des dernières ressources naturelles, la grève générale est le mode d’action le plus efficace. On peut ainsi bloquer la production et changer le rapport de force sans arrestations massives et de manière non-violente. Les perspectives pour la suite de la lutte climatique mais également pour les luttes sociales, syndicales ou féministes peuvent se résumer en 4 mots : grève générale, révolution, écosocialisme.

Un Climat de désaccords – Critique de « Rejoignez-nous » de Greta Thunberg

Disclaimer : Les prises de positions de cet article n’engagent que son auteur et pas l’ensemble du mouvement des grèves du climat. Cette plateforme se veut être un échange et un moyen d’expression pour différentes mouvances à l’intérieur même de la GDC.

Il y a des livres, des textes, des phrases, des vers, des mots, des armes comme les appelaient Léo Ferré qui, sur votre esprit et votre cœur, vous laissent des marques qui vous guident dans cette vie où l’on n’a souvent que peu de repères. Ce fut, dans mon cas personnel, lorsque j’ai lu la première fois « L’étranger » d’Albert Camus, « Je hais les indifférents » d’Antonio Gramsci ou « Du contrat social » de Rousseau. Pour « Rejoignez-nous » de Greta Thunberg, cela ne sera, malheureusement, pas le cas, tant j’ai de désaccords avec cet essais.

Je ne parlerai pas ici de la forme du texte, bien que cela puisse être intéressant, surtout dans ce type d’écrit, mais cela réclamerait une autre analyse et ce n’est pas sur ce point que j’ai envie de porter ma critique.

Parmi les critiques que j’ai à faire, c’est sur la question de voir la crise écologique de façon dichotomique, de voir en noir et blanc, sans contrastes ni nuances. Je suis en total désaccord avec cette vision du, pour reprendre une phrase du livre, « soit nous parvenons à éviter un réchauffement de 1.5 degré. Soit non. ». Non pas car je considère cela comme faux ou que je m’oppose aux avis tranchés ; mais parce que cela est insuffisant, parce que cette façon de penser ne règle en réalité d’aucune façon le débat entre les différentes réponses possibles, qu’elles soient libérales, spirituelles, socialistes ou encore survivalistes, car ce genre de phrase tend à faire penser que si l’on n’agit pas, c’est par manque de volonté, qu’il n’y a qu’une solution. Or si, parfois, l’on n’a pas agi, c’est à cause de désaccords politiques, à comprendre dans son sens noble, la manière d’organiser la cité. Comme exemple, il y aurait la question des taxes sur les avions ou la taxe sur les véhicules qui ont parfois hérissé le poil de ceux qui sont les partisans d’une écologie populaire et qui a déclenché, en France, le mouvement des gilets jaunes. En bref, Greta Thunberg fait la même erreur que Margaret Thatcher, dans un autre domaine bien sûr, avec le TINA (there is no alternative).

Cette erreur se complète avec une autre vision de l’essai, celle de l’écologie comme seul sujet, comme unique enjeu, comme seul objet que nous devrions traiter dans les journaux. Là encore, je diverge avec la jeune suédoise. Il y a urgence certes, nous n’avons que trop peu de temps avant que la crise ne devienne funeste. Mais, penser que ce sujet est le seul digne d’occuper notre temps, notre énergie, notre esprit, est pour moi grave et dangereux. Pour certains, et surtout certaines, d’entre nous, la vie est déjà une crise, un danger, une catastrophe, un fléau, une punition et chaque jour est un duel de son corps et de son âme contre la douleur et la mort. Ainsi, si nous appliquions la façon de voir de Greta Thunberg, nous ne parlerions pas de ces migrants qui se noient dans la Méditerranée alors qu’ils cherchaient un refuge et un destin meilleur ; nous ne dirions mot au sujet des femmes qui gagnent moins que les hommes alors qu’elles en font plus que ces derniers, qui n’ont ni leurs noms ni leurs gloires dans les livres et les cours, qui se font violenter voire meurent car elles ont comme unique tort d’être des femmes. Nous ne prononcerions pas non plus de parole sur la condition des ouvriers et ouvrières ; sur la tragédie des employés et des employées, sur ces corps cassés, rouillés, brisés, malmenés par des années de labeurs et de sueurs ; sur ces morts du travail qui occupent les pages mortuaires ; sur ces inégalités qui ne font que grimper depuis des années. Cette façon d’écrire a pour conséquence de créer des barrières entre les écologistes et les autres dont la cause est une question de survie immédiate.

Un autre désaccord est sur cette appel à la science que fait l’autrice. Déjà la science n’est pas irréfutable, c’est même le contraire, elle est réfutable, c’est même cela qui la défini. Ainsi la science ne fait pas du vrai, mais du pas encore faux, du temporairement vrai. Ensuite, Einstein avait écrit « Mais la science ne peut pas créer des buts, encore moins peut-elle les faire pénétrer dans les êtres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens par lesquels certains buts peuvent être atteints. » C’est ainsi que je vois la chose, on doit écouter les scientifiques, qu’ils révèlent les problèmes que nous rencontrons, ce qui est faisable ou pas, mais au grand jamais nous ne devons leurs laisser le choix sur ce que nous devrions faire, de quel moyen nous devons appliquer pour atteindre les objectifs que nous avons choisie, au risque de tomber dans l’un des plus grands maux de notre époque: la post-politique.

Je rebondis sur cette notion de post-politique pour dire que, dans cet essai, il y a une généralisation abusive qui me laisse toujours sceptique quant à sa pertinence d’analyse et quant à sa capacité à produire de l’action que l’on pourrait appeler « Inaction du monde ». Je vais me montrer tranchant et sec. Il n’y a rien de plus faux. Que ce soit dans les élites ou dans le commun des mortelles, il y a de l’action que l’on peut considérer comme peu efficaces ou peu entendue, mais qui existe. Parmi les élites, nous pouvons chercher parmi des gens de la société civile comme le commandant Cousteau qui a surement beaucoup contribué, par ses documentaires et ses expéditions, à promouvoir la protection des milieux marins. Même parmi les élites politiques, nous avons des personnes qui travaillent contre la crise climatique comme José Bové dont les actions de désobéissance civile pourraient nous inspirer ou, plus récemment, le journaliste et député François Ruffin qui, par son style, tente de convaincre et diffuser l’idée d’une écologie populaire. Puis dans les masses, nous devrions nous rappeler que nous, les gens de l’écologie politique, sommes tributaires d’idées qui ont émergées au même moment que Mai 68 et le mouvement Hippie et que, même sur le continent Européen, il y a des collectifs humains qui créent des horizons écologistes comme la ZAD en France.

Comme dernier reproche, je prendrai la façon qu’à l’activiste de traiter l’espoir et cette volonté de faire paniquer. C’est une erreur, car la panique ne permet qu’un seul type de réaction : La fuite et le repli. En demandant aux gens de paniquer, Greta Thunberg fait une action contre-productive. Les homos sapiens ne sont pas des êtres de raison, mais de passions, de sentiments et d’émotions. On ne peut changer une société qu’en mobilisant les masses, qu’en les mettant en action contre ce système, qu’en brisant la peur et pour cela il faut créer deux choses : De la colère contre le système et, comme dirait Georges Sorel, un mythe social qui rassemble, un idéal souhaité, une utopie que l’on croit possible, en bref, un espoir. Il faut les deux, car la colère sans espoir n’est que nihilisme, et l’espoir sans colère rend passif face l’histoire en mouvement. Pour le moment, la colère est dans le cœur de nombreuses personnes, mais plusieurs sont orphelins d’un horizon, d’un imaginaire pour passer à l’action et à cela que nous devons nous atteler sans besoin de créer de nouveau, mais en piochant d’anciens en les dépoussiérant comme celui de la Révolution de 1789 qui, si on observe les héritiers de cette histoire, permet aux masses de croire que leurs mouvements, leurs révoltes, leurs actions, peuvent créer du changement.

Je ne dirais pas que je déconseille « Rejoignez-vous », certains et certaines pourront y voir un objet aspirant, mais je pense qu’il est nécessaire de rester très critique malgré des intentions des plus louables, c’est même surtout dans ces cas-là que nous devrions nous montrer les plus sceptiques, car on peut vite se trouver, comme les disciples de Jésus, fascinés par nos idoles et prendre chaque livres, textes, phrases, vers, mots, armes, comme paroles d’évangiles.